Le Nicaragua pleure ses morts et regrette son organisation  populaire des années 80

Touchée d'abord par l'ouragan Mitch puis par sa queue dévastatrice , l'Amérique centrale vit les pires horreurs depuis jeudi dernier.

Depuis lors, les images de destruction et de tragédie ne font que croître, les calculs " officiels " parlant de plus de 1000 morts. En réalité les chiffres de victimes et de destruction matérielle augmentent d'heure en heure, ce qui a poussé les gouvernements de toute la région, à l'exception de Nicaragua, à décréter " l'état d'urgence et de catastrophe naturel "

Selon des données provisoires provenant de source de toute confiance on comptabilisait au Nicaragua jusqu'à dimanche soir déjà plus de mille morts, des milliers de disparus et plus de 200'000 sinistrés directs. Sans compter que la majorité de la population souffre déjà directement ou indirectement des conséquences de l'absence d'électricité, d'eau potable et d'approvisionnement normal.

Les premiers cas de choléra ont été détecté à Sebaco - centre du pays - et une explosion d'épidémies n'est pas à écarter.

Témoignage émouvant

" Ne laissez pas les enfants mourir de faim, de froid et de maladies. Ne nous oubliez pas et cherchez des informations de première main sur la véritable dimension du drame que nous sommes en train de vivre " proclamait un groupe de volontaires suisses et leurs partenaires locaux de Matagalpa dans un appel urgent à la solidarité. Située à 130 km au nord de la capitale Managua, cette ville est le chef lieu de la région productrice de café par excellence qui est une des plus touchées par la catastrophe.

Si le drame est profond, " le manque de motivation et l'inefficacité officielle, celle des institutions de l'Etat, le rend encore plus grave " expliquait par téléphone " au Courrier ", Viviane Luisier, sage femme genevoise, volontaire de GVOM travaillant à Matagalpa. Dimanche après 72 heures de désastre, ni les autorités municipales, ni les autorités nationales s'étaient manifestées pour aider les milliers d'habitants sinistrés de Matagalpa isolée du reste du pays.

Les dégâts matériels sont catastrophiques. Plus de 20 ponts d'importance stratégique pour la communication nationale sont complètement détruits, une centaine d'autres sont gravement endommagés en général recouverts d'eau. Une grande partie de la panaméricaine qui unit les pays de l'Amérique centrale est sérieusement touchée et plus de 2'000 kilomètres de routes secondaires qui desservent les zones de culture ont été rayés de la carte.

" Si notre situation est difficile, elle est encore pire pour ceux qui vivent dans les communautés plus au nord du pays " nous explique V. Luisier qui reconnaît en même temps qu'on ne dispose que d'informations partiels malgré le travail inlassable fourni par les radios locales et quelques radios nationales pour aider la population.

La tragédie de Posoltega

Lorsque V.Luisier donne son témoignage par téléphone " au Courrier " sur la " tragédie du nord ", personne ne pouvait imaginer, ni elle même, la dimension du drame.

L'écroulement partiel du volcan " Casitas ", dans le nord-ouest du pays, a enseveli totalement les villages de Versailles, El Porvenir, Rolando Rodriguez et Santa Narcisa. La situation est " dantesque " selon des témoins qui ont pu survoler la zone. Il y a près de 1'500 victime selon la radio " la Primerissima ", certaines sources d'information internationales parlent même de 4'000 personnes qui auraient perdu la vie dans l'avalanche d'eau et de boue.

Jamais depuis le tremblement de terre de décembre 1972 qui détruisit Managua, le pays avait vécu des scènes semblables. Il faut remonter à 100 ans pour trouver des cataclysmes naturels aussi dévastateurs.

Le " jeu politicien " du gouvernement

Malgré la dimension de la catastrophe le gouvernement d'Arnoldo Aleman s'est refusé systématiquement à décréter " l'Etat d'urgence national " comme l'ont fait le reste des pays, et ceci malgré l'insistance d'une bonne partie de la société civile et de l'opposition politique. Rien à voir avec l'attitude de l'Etat sandiniste durant le passage du dernier ouragan dévastateur en octobre 1988, qui grâce à une préparation détaillée et à une mobilisation efficace avait réussi à minimiser le nombre de victimes malgré la virulence de l'ouragan Juana. Le gouvernement d'alors avait mis toutes ses ressources pour protéger les gens dès avant l'arrivée prévue de l'ouragan et pour couvrir ensuite rapidement les premières nécessités.

Selon une dénonciation de la Fédération des Organisations non gouvernementales, la décision du gouvernement Aleman - qu'il qualifie d'irrationnelle - repose sur un calcul politicien incompréhensible dans une perspective de sensibilité humaine. Le gouvernement d'Aleman refuse de décréter l'Etat d'urgence pour ne pas perdre une partie du contrôle de la distribution de l'aide internationale. En effet Aleman caractérise la grande majorité des Ongs nationales comme des rivaux politiques associés à l'opposition sandiniste et caractérise une grande partie des Ong internationales comme peu favorables à son gouvernement.

Les députés sandinistes insistent depuis vendredi dernier sur la nécessité de décrêter l'Etat d'urgence. Un de ses portes parole Monica Baltodano a proposé, sans succès, que le 30% du budget national qui n'a pas encore été dépensé soit débloqué pour l'aide d'urgence. Victor Hugo Tinoco responsable du groupe parlementaire sandiniste a accusé publiquement le gouvernement de retarder l'aide en posant des obstacles à l'action des Ongs.

Le peuple aide le peuple

Au delà des tensions avec les autorités et de l'immobilisme du pouvoir central devant la tragédie, c'est une fois de plus la logique de la collaboration entre les plus pauvres qui s'est à nouveau réalisée.

" Pour la première fois depuis ces dernières années, devant les conséquences de l'ouragan, le mouvement Communal, organisation pro sandiniste, coordonne avec la mairie de La Trinidad de tendance conservatrice les actions quotidiennes d'urgence " déclare par téléphone avec beaucoup d'émotion Seferina Fuentes, responsable du mouvement Communal de cette ville du centre du pays.

Seule l'aide entre les gens permet d'atténuer l'impact de la tragédie, conclut-elle. L'expérience est identique à Matagalpa où, selon les informations des volontaires suisses établis sur place, les 8 refuges installés pour accueillir les sinistrés l'ont été par une solidarité active de la population elle-même, depuis la base. C'est l'unique facette positive au milieu d'une tragédie qui commotionnera le pays peut-être autant que la guerre d'agression des années 80.                               Sergio Ferrari

Solidarité suisse

Une vingtaine d'organismes solidaires et de personnalités suisses ont signé un appel en faveur des victimes de l'ouragan.

Les Ongs, les comités de solidarité, les jumelages demandent à Berne une aide d'urgence décidée et significative pour les sinistrés. Ils appellent le peuple suisse et les organisations de la société civile a multiplier les réponses solidaires. Ils lancent aussi une campagne urgente de collecte de fonds qui seront destinés aux victimes directes de la catastrophe

Les fonds sont à verser à l'Association Nicaragua El Salvador Genève CCP 12-15578-6

mention Ouragan / Matagalpa

Selon les signataires de l'appel, le gouvernement du Dr Arnoldo Aleman qui, il y a une année, a eu de sérieux problèmes diplomatiques avec le gouvernement suisse pour n'avoir pas respecté ses engagements au niveau de la coopération, s'est montré lent et inefficace devant la présente tragédie.         (SFI)

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