Amérique centrale... les échos de Stockholm "L'Amérique centrale s'enfoncera dans l'endettement" Entretien avec Marvin Barahona, représentant du Honduras. A Stockholm, les organismes financiers internationaux et les "pays donateurs" ont approuvé l'octroi de 9 milliards de dollars pour les quatre prochaines années. Si, depuis l'ouragan Mitch jusqu'à la fin mai, tout se programmait en fonction de cette réunion du Groupe consultatif, la situation devra dorénavant être analysée en fonction des conséquences réelles, et souvent contradictoires, de "l'aide" approuvée. Sans oublier une perspective fondamentale : la création des meilleures conditions possibles pour que la majorité de la population décide son destin et, à force de volonté et d'organisation, transforme les conditions de vie dramatiques qui sont les siennes. Voilà l'analyse qu'en fait Marvin Barahona, historien hondurien, chercheur en sciences sociales et rédacteur en chef du quotidien "El Heraldo" de Tegucigalpa. Conseiller de la coopération des Pays-Bas au Honduras pour ce qui touche aux peuples indigènes, Barahona suit également de près des démarches du Foro Cáritas, l'un des groupes à l'origine du réseau "Interforos". Invité par le mouvement de solidarité suisse pour analyser l'avenir de l'Amérique centrale, il a accordé cet entretien au "Courrier" après la clôture de la séance du Groupe consultatif de Stockholm entre le 25 et le 29 mai. Avant cette réunion, des représentants de la société civile d'Amérique centrale, dont Barahona, et d'ONG européennes se sont réunis pendant deux jours dans la capitale suédoise pour arrêter une position commune. Q : Si attendue, la réunion de Stockholm a approuvé une aide relativement "généreuse" pour la reconstruction de la région. Quelle est votre opinion sur cette aide ? R : Stockholm a été une plate-forme de "relancement" de l'endettement de l'Amérique centrale. Des crédits définis comme "avantageux", de l'argent "frais", qui n'en restent pas moins des crédits à rembourser. Quand l'on parlait du Groupe consultatif, beaucoup pensaient qu'ils allaient, à Stockholm, recevoir de l'aide, des dons. Or, quand on analyse l'affectation des capitaux que débloqueront la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et d'autres organismes comme la Banque interaméricaine de développement, l'on se rend compte que la part de l'aide qui nous parviendra réellement est relativement petite. Ainsi, le Honduras, qui doit théoriquement recevoir 2,7 milliards de dollars ces quatre prochaines années, ne recevra en fait pratiquement rien pour sa reconstruction, étant donné que sa dette, très élevée, absorbe une grande partie de son PIB et entre 35% et 40% du budget national. Les nouveaux crédits octroyés à Stockholm serviront à en payer les intérêts mais ne feront qu'alimenter le cercle vicieux de l'endettement. Q : Voulez-vous dire que les 9 milliards de dollars sont déjà presque affectés dans leur totalité et que les pays d'Amérique centrale contractent de nouveaux engagements en recevant cette aide ? R : Exactement. En outre, les pays donateurs ont imposé d'autres conditions qu'ils n'ont pas discutées publiquement et qu'ils ajoutent par la suite aux cartes d'intention signées par les gouvernements : ajustement structurel, privatisations, coupes dans les dépenses sociales, etc. Q : Vous n'êtes donc pas satisfait des résultats obtenus ? R : J'insiste que nous devons suivre attentivement l'affectation des fonds pour comprendre l'avenir de la région. J'ajoute un exemple préoccupant qui éclaire la situation : les Etats-Unis ont avancé une aide d'un milliard de dollars, dont les effets, pris ensemble, seront nuisibles pour la région. Je pense qu'il est donc indispensable de tirer les choses au clair. Quand l'on parle "d'aide", il est essentiel de voir où elle va, d'analyser ce qui parvient vraiment aux bénéficiaires et les buts qu'elle poursuit. Par ailleurs, pensons à la perte de souveraineté que ces crédits entraînent. Finalement, il importe de ne pas confondre solidarité ou coopération solidaire avec un nouveau cycle d'endettement ! Q : Témoin privilégié du Sud, pourriez-vous dresser un bilan plus détaillé de ce qui s'est passé à Stockholm ? R : Parmi les aspects positifs, je citerai en premier lieu la participation des représentants de la société civile d'Amérique centrale, la plus importante de toute réunion d'un groupe consultatif. La présence des gens, la possibilité de faire entendre leur voix, voilà une nouveauté remarquable. Auparavant, les organismes financiers internationaux imposaient leurs points de vue sans consulter personne, sans rendre publiques les réunions pour éviter le débat avec ceux qu'ils considèrent comme leurs adversaires potentiels... Deuxième aspect réjouissant, les accords auxquels sont parvenus les représentants d'Amérique centrale, lors de la réunion des ONG qui a précédé la séance du Groupe consultatif. Si ce succès paraît simple, n'oublions pas que notre comportement est plutôt provincial et que nous n'établissons guère d'échange entre nous. Nous sommes parvenus à un accord sur quatre points principaux : la pauvreté croissante de toute la région, la nécessité de décentraliser le pouvoir et de renforcer les autorités locales, la vulnérabilité du tissu socio-économique et la nécessité de créer des instruments qui garantissent la transparence dans la gestion des fonds. Parmi les aspects malheureux, je citerai le caractère décoratif, cosmétique de la réunion des ONG qui a précédé la séance du Groupe consultatif, ce qui s'est manifesté par l'organisation exécrable, le calendrier, les débats anarchiques et, surtout, par le manque de clarté sur la façon de canaliser les conclusions de la réunion au Groupe consultatif qui commençait ses délibérations le jour suivant la conclusion de la rencontre des ONG. A quelques exceptions près, les ONG européennes n'ont avancé que des propositions tièdes, très prudentes. Autre élément fâcheux, les faiblesses propres aux sociétés civiles d'Amérique centrale. Si nous avons manifestement témoigné d'une certaine capacité de faire des propositions, nous avons été en revanche incapables de coordonner nos propositions et de dire comme il fallait mettre en oeuvre les projets. Cet aspect décisif est aussi tragique, car il met à nu un problème de fond : ces sociétés civiles n'ont pas de projets authentiques de nation, de pays à proposer. Q : En guise de conclusion... R : Je rappellerai un aspect qui me paraît essentiel : le manque d'une voix catégorique, critique des sociétés civiles d'Amérique centrale (et du Nord) pour interpeller les organismes financiers internationaux et les gouvernements du Nord au moment de façonner l'avenir. Si cette opinion critique avait existé, nous aurions bâti une position plus forte pour combattre ce nouveau train d'endettement. Par ailleurs, l'Amérique centrale n'a pas proposé de nouveau dialogue entre le Nord et le Sud ou, du moins, entre notre région et l'Europe. Nous devons commencer à définir les nouvelles conditions des rapports économiques, sociaux et politiques pour déterminer un nouveau programme pour l'avenir. En effet, nous craignons que, à long terme, les nouveaux crédits aient des conséquences pires que l'ouragan Mitch. Sergio Ferrari Trad. Jean-François Cuennet |
REGRESO - SUMARIO
ESPAÑOL
Pagina de recibimiento GVOM
Pagina de recibimiento GVOM |
| RETOUR SOMMAIRE
REGRESO SUMARIO
|
PAGE D'ACCUEIL GVOM |